Conversation et éloquence ne sont guère synonymes.
Parler et bien parler sont deux choses.
” – Ben Jonson

Dans cet article : 

  • Innée ou acquise : la question qui revient sans cesse !
  • Qu’est-ce que l’éloquence ?
  • Peut-on apprendre à séduire ?

I- LA PEUR D’ÊTRE FAIBLE

A- La faiblesse des certitudes

Si on ne m’a pas posé cent fois cette question, on ne me l’a jamais posée : “La séduction peut-elle s’apprendre ?” À dire vrai, le plus souvent, on ne me demande pas. On m’affirme ! On m’explique. On me rétorque. On voudrait presque me faire taire avec cette fameuse certitude : “La séduction ne s’apprend pas. C’est une chose innée !”

Si je réponds presque toujours avec douceur à ces interpellations, c’est que je sais toute la passion avec laquelle ces mots sont lancés. “Malheur ! Si quelqu’un pouvait apprendre à me séduire, à jouer avec mes émotions, qu’en serait-il de ma liberté ?” Bien sûr que cette peur est légitime. Mais la peur ne justifie pas tout. La peur des armes à feu devrait-elle conduire à nier l’apprentissage de leur maniement ? Bien au contraire. Il sera toujours temps d’en réguler l’usage, quand on en aura admis l’existence.

B- La bêtise de l’élitisme

D’autres que les peureux refusent que la séduction soient enseignée au grand public. Ceux qui prétendent être ses seuls dépositaires : “Personne ne m’a enseigné la séduction, à moi ! Je suis parvenu à plaire par mes propres moyens, parce que ma personnalité est extraordinaire. Il n’est pas question de laisser des gens ordinaires réussir la même chose…”

Dans les deux cas, l’idée que la séduction ne s’apprend pas n’est fondée sur rien d’autre que l’ignorance et la peur de ne plus être libre ou exceptionnel si les autres s’améliorent !

II- RHÉTORIQUE ET SÉDUCTION

A- Deux disciplines jumelles

En plus du coaching en séduction [attention ceci est de la publicité], je propose mes services de formateur en Prise de parole en public (ou PPP, comme on dit dans la profession). C’est que ces deux affaires sont intimement liées.

En séduction comme en PPP, vous avez une personnalité propre, une rencontre (avec une femme, avec un auditoire), des interactions pour échanger ensemble, et l’envie de vous connecter pour créer quelque chose de nouveau. Dans les deux cas, il y a ce petit stress initial. Dans les deux cas, votre savoir-être est déterminant. Dans les deux cas, l’oralité est au cœur des enjeux. De même qu’il faut toujours soigner le fond de sa pensée, son état d’esprit, son apparence, son discours, et viser le charme de l’éloquence.

Mis à part le contexte et les acteurs en présence, je trouve les deux jeux absolument semblables ! Au point que la sagesse et les compétences qu’on acquiert avec l’une entraînent presque mécaniquement des effets bénéfiques dans l’autre.

B- Côte-à-côte menottées sur le banc des accusées

Quels sont Mesdames et messieurs les jurés, les faits que l’on reproche à mes clientes ? D’être ce qu’elles sont et de grandir sans cesse ? De venir d’où elles viennent et d’aller où elles vont ? De savoir ce qu’elles savent et penser ce qu’elles pensent ?

On leur reproche surtout tout le Bien qu’elles peuvent faire en condamnant des maux qu’elles n’ont même pas causé. La séduction n’est qu’un projet, la rhétorique qu’un outil et l’éloquence qu’une beauté. 

Ce qu’en feront les hommes ne dépend que d’eux-mêmes et n’engage personne d’autre. Ne condamnons pas la fourchette pour avoir transpercé la viande. Combien de festins végétariens ne peut-elle pas permettre ? C’est la main carnivore du maître qu’il nous faut mettre à mordre pour punir le coupable.

III- L’ÉLOQUENCE POUR TOUS

A- Liberté, égalité, fraternité

En l’état actuel, seuls les puissants parlent bien et les autres se taisent. Les beaux plaisent beaucoup et les moches se terrent. Enseigner l’éloquence est une révolution. Chaque universaliste y trouvera son compte.

B- Une nature culturelle

Voici un exemple de réponse qu’on peut apporter à la thèse innéiste, tiré d’un échange d’aujourd’hui sur Facebook :

L’internaute (à pas de loups) : “J’ai toujours imaginé qu’on pouvait travailler son élocution mais pas son éloquence.”

Moi (feignant de n’avoir pas compris l’accusation) : “Oui, l’élocution en est une infime partie.”

L’internaute (plus ferme) : “Je veux dire par la qu’on pourra travailler le discours, l’élocution et tout, mais que pour moi, l’éloquence ça doit être plus ou moins inné. On pourra progresser mais c’est plus une histoire de paraître. Un peu comme l’humour, n’est pas drôle qui le veut, et c’est pas juste une question de travail. ^^”

Moi : “Oui j’avais cru lire ton opinion entre les lignes.
Je nuancerai un peu. En réalité, l’éloquence est toujours en partie subjective et désigne d’abord un effet, un impact que l’orateur exerce sur son auditoire/ses interlocuteurs. Est éloquent celui qui se fait comprendre, celui qui distrait, qui émeut, qui convainc. Celui qui te donnerait une franche envie d’approuver son discours, de plaider sa cause ou de rejoindre son combat ! L’éloquence va donc dépendre du contexte, et des sensibilités de celles et ceux qui l’écoutent.Mais l’aptitude de l’orateur à comprendre le contexte et les sensibilités de chacun est déjà un axe d’amélioration accessible par l’entraînement. Si je comprends bien ta position, tu veux dire que la technique ne permet pas tout et ne garantit pas la séduction. Je suis d’accord. Vouloir que cela soit “inné” vient souvent du désir légitime de ne pas être manipulé. Mais c’est aussi condamner ceux qui ne séduisent pas encore ‘naturellement’ à ne jamais séduire.

Or quand on se penche sur la rhétorique, la psychologie et la communication, on s’aperçoit qu’il y a des mécanismes, on pourrait presque dire des lois, qui régissent nos attentes, nos perceptions, notre compréhension, notre jugement et nos réactions. Des lois qui lorsque découvertes permettent aux orateurs/trices de perfectionner leur “ethos” (image, réputation, rapport au public), leur “logos” (structuration du discours, choix des thèmes, des mots et des figures) et leur “pathos” (vie émotionnelle du rhéteur et de son propos, connexions humaines, impact affectif). Trois aspects dans lesquels la technique va extrêmement loin aujourd’hui. 

Trois choses sont rassurantes. D’abord, la Congruence (authenticité, cohérence entre la pensée, le discours et les actes) est un fort facteur de charisme et d’éloquence. Celui qui est pris à mentir, à tricher avec ses émotions, à tromper son monde, finit par perdre son aura et sa crédibilité. Ensuite, la technique ne force pas à mentir, elle peut à l’inverse permettre de mieux connaître ses propres pensées et émotions, d’être plus authentique, de mieux refléter sa véritable pensée qu’une personne timide, maladroite, au discours décousu et aux mots incertains… Et enfin, si en tant que public, nous étudions ces techniques, nous devenons mieux à même d’en déjouer les abus.”

CONCLUSION

Aussi je crois qu’il n’y a d’autre choix que d’explorer le sens profond de l’éloquence avant de la réduire à un talent inné. Personne ne naît ni lettré, ni éloquent. Elle s’acquiert par un apprentissage (plus ou moins formel). Et plutôt que d’en craindre l’enseignement, il faudrait viser son universalité.

Catégories : Coaching

Louny Bostok

Louny Bostok est psychologue et coach personnel. Il oeuvre à promouvoir la notion de santé relationnelle.

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